Profils ICC (5 de 6)

Dans les pages qui suivent, je me propose de préciser la nature des profils ICC, classe par classe.

Profils de saisie ICC (Input Profile)

Qu'est-ce que c'est un profil de saisie? D'abord, c'est le profil qui lie «là d'où on vient» avec «là où l'on va», mais pas l'inverse. Ici, il convient d'introduire, pour clarifier cette relation, le concept de Source et Destination. La Source identifie là d'où on vient et la Destination là où on va.

En termes clairs, dans le système ICC, la Source représente conceptuellement la moitié d'un équation de transformation, alors que la Destination, elle, représente l'autre moitié.

Un profil de Saisie ou, dit Input, ne contient que la moitié de l'information à une transformation bidirectionnelle ICC habituelle. La seule raison-d'être d'un profil de Saisie est de nous amener de son espace propre (Interne) à D50 ou le PCS, l'espace de référence commun à tous les profils ICC.

Ce type de profil convient parfaitement aux numériseurs en tout genre auxquels on demande d'extraire des couleurs d'un original, une photographie papier en couleur, une déchirure de magazine, un négatif ou une diapositive. 

Il y bien longtemps, avant le tsunami des caméras numériques dans  le monde des communications, Kodak, Fuji et AGFA rêgnaient en maîtres incontestés sur la prise de vue professionnelle, partout dans le monde. Et sur la prise de vue amateur, il va sans dire.

Mire IT8.7/2 Kodak de type Réflection (Q60)
Mire IT8.7/2 Kodak de type Réflection (Q60)

C'était l'époque des pellicules, négatifs et diapositives couleur ou noir et blanc. Je me souviens avoir monté ma propre chambre noire au début des années '80, et je pense que j'ai encore mon agrandisseur quelque part dans mes boules à mittes.

Bien avant le système de gestion de couleur ICC, Kodak, Fuji, AGFA vivaient en symbiose avec les fabricants de numériseurs à tambour comme Hell. L'image ci-dessous montre un opérateur de numériseur à tambour de fabrication Allemande, Hell. Depuis leurs apparution dans les années '30, ce type d'appareils a été responsable de 100% des images imprimées dans le monde entier. C'était un ordinateur bien avant le temps des micro-ordinateurs comme nous les connaissons aujourd'hui.

Scanner à tambour Hell
Scanner à tambour de marque Hell des années '90

À l'époqie, tous les fabricants de numériseurs à tambour connaissaient parfaitement les caractéristiques des émulsions de Kodak, Fuji et AGFA. 

À tel point que, pour assister les opérateurs de numériseurs à tambour, Kodak avait mis au point une mire photographique devant servir de référence lors de l'ajustement de la réponse du numériseur. Cette mire s'appelait la Q60. Kodak comptait quantités de mires dans son catalogue. (On ne soupçonne pas l'ampleur de l'industrie qu'a rendu désuet l'adoption des caméras numériques?)

Les scientifiques et ingénieurs qui ont construit le système ICC se sont largement inspirés des travaux de Kodak en matière de caractérisation. La Q60 est de facto devenue la mire IT8.7/1 et IT8.7/2, selon son type, réflection ou transparence. On dit ANSI IT8...

Le principe était simple: quiconque est capable de reproduire, de façon satisfaisante, l'apparence des couleurs de la mire IT8 (ou Q60) est réputé en phase avec les couleurs de n'importe quelle diapositive de cette émusion. Oui, parce qu'il y a une montagne d'ajustements possibles dans un numériseur. Dites-vous bien qu'on cherche à circonscrire les limites d'un appareil et surtout d'en comprendre le comportement. De façon que, une fois l'appareil ajusté, grâce au profil de Saisie, on puisse ensuite numériser des catalogues entiers de photographies, toutes tirées sur la même émulsion. On peut alors s'attendre à une reproduction satisfaisante des couleurs, grâce au profil de Saisie. Ce n'est pas parfait mais le principe est sain.

Ce petit miracle est basée sur la colorimétrie (toujours la colorimétrie, on n'y échappe pas!) et repose sur un échantillonnage  représentatif de la gamme de couleur produite par un émulsion donnée. Une mire Kodak Q60, par exemple, comprend 254 échantillons de couleur et est fournie avec son fichier de mesures colorimétriques. Chaque plage de couleur est mesurée. Ci-dessous, la mire IT8.7/2 d'une diapositive de marque Fuji Velvia.

Diapositive 35mm IT8.7/2
Diapositive 35mm IT8.7/2

Ces mesures sont contenues dans un fichier Texte, disponible sur le site FTP de Kodak ou autres. Sans ces mesures, les mires n'ont aucune valeur. La technique consiste à créer une association entre les valeurs RGB obtenue du scanner et les mesures colorimétriques de la mire.