Profils ICC (4 de 6)

Le blanc, nous disons, fixe dans notre organisme notre adaptation physiologique et cognitive au reste des couleurs. On peut dire c'est par rapport au blanc que toutes les autres couleurs nous apparaissent, sont jugées et évaluées. Nos yeux travaillent fort pour trouver un candidat de blanc dans chaque scène que nous observons tous les jours, de manière à ajuster optimalement la perception, en continu. Le blanc occupe la plus grande place dans le système visuel. Pensez-y, il est le produit d'une longue évolution, basé sur l'observation de milliers d'années de lumière naturelle sur la Terre. Pas étonnant, donc, que nous avons notre petite idée sur la couleur idéale du blanc.

Quand on compare une feuille de papier à un écran, comme c'est le cas dans l'image ci-dessous, le système visuel passe d'un blanc de référence papier à un blanc de référence écran.

Comparaison entre deux situations d'observation
Figure 14 - Comparaison entre deux situations d'observation

En principe, je dis bien en principe, si la couleur du blanc émis par l'écran est égale à la couleur de référence spécifiée dans le Profile Connection Space (PCS), qui elle est égale à D50 (5000K), ou tout simplement égale, mensurée sur une échelle colorimétrique, on devrait observer une correspondance d'identité entre l'imprimé qui est vue dans une cabine de lumière, sous des lampes dont la blancheur est équivalente à des sources de lumière D50 (5000K), et l'image à l'écran.

Ça fait beaucoup de conditions simultanément à rencontrer? En pratique, ça ne marche pas tout à fait. Mais c'est acceptable.

Lorsque mon regard se pose sur l'image à l'écran, il se produit une adaptation chromatique qui est contrôlée, si je puis dire, par la couleur du blanc de l'écran. Le blanc de l'écran devient MA référence de blanc.

Lorsque je transporte mon regard sur l'imprimé, dans la cabine de lumière, ma détermination du blanc change, instantanément, à la vitesse de l'éclair. Vous et moi ne pouvons absolument pas court-circuiter ce fabuleux mécanisme d'adaptation automatique. Le nouveau de référence dépend, vous le voyez bien, de la blancheur relative des lampes, combinée à la blancheur du papier. Ça fait beaucoup de blancs.

Vous voyez un peu la complexité de cette situation d'observation? Pour obtenir la matrise visuelle dans cette situation d'observation que je qualifierais d'extrême, il faut disposer d'une science avancée de la couleur. Sachez qu'en pratique, il est très difficile de faire fonctionner un système où on s'attend à un match parfait entre l'écran et l'imprimé, en dépit de la qualité des Specs ICC. Cela a à voir avec les limites de l'Observateur Standard colorimétrique de référence 1931 de la CIE telle qu'utilisée actuellement dans le système ICC.

Le rôle des Profils ICC

Une des hypothèses de base du système ICC, c'est que les dispositifs de reproduction n'ont pas à connaitre le détail des uns des autres. L'imprimante que vous utilisez n'a pas à connaître les caractéristiques de l'écran que vous utilisez. En principe.

La caméra numérique que vous utilisez n'a pas à connaitre le détail de la presse lithographique sur laquelle votre brochure de prestige sera imprimée. Les diapositives que nous numérisez ne savent rien et n'ont pas non plus à connaître le détail de l'écran sur lequel vous allez les visionner plus tard. L'écran NEC, HP ou autre qui se trouve sur votre bureau n'a pas à être informé (comment pourrait-il l'être?) de la presse sérigraphique sur laquelle vos présentoirs L'ORÉAL seront imprimés en grand format.

Numériseur de diapositive de table
Figure 15 - Numériseur de diapositive de table

Vous voyez bien dans tout cela, aucun de ces dispositifs n'a à savoir quoi que ce soit sur ceux qui viennent en amont ou en aval de la chaîne graphique. C'est comme si on vous disait que, pour exister en société, vous n'avez pas à savoir quoi que ce soit sur la personne qui se retouve en face de vous, dans l'autobus ou dans le métro, ou que vous croisez dans la rue, ou votre voisin. Par contre, ce qui est essentiel, et ce qui va permettre de brancher, si je puis dire, un dispositif dans la chaîne, c'est le fait que chaque dispositif connaisse la relation entre ses caractéristiques internes propres et le PCS, le modèle de la bonne vieille feuille de papier blanc imaginaire.

Autrement dit, plutôt que de créer des liens directs de dispositifs à dispositifs, pour obtenir des mappings 1:1, les profils ICC sont créés à l'intention d'une référence indépendante, le PCS qui a une blancheur définie égale à D50. Dans la mesure où chaque dispositif sait comment interpréter ses propres données, en fonction de notre feuille blanche de référence D50, ça va marcher.

Numériseur de diapositive de table
Figure 16 - Définition colorimétrique de D50, un blanc équivalent visuellement à 5000 degrés sur l'échelle de degré Kelvin. Si tout le monde partage la même définition de blanc de référence, les échanges vont être possibles. Mais si chaque dispositifs utilisent des définitions de blanc qui leur sont propres, alors il n'y a pas moyen de créer des ponts entre chacun.

 

Définition

Un Profil ICC est un forme de vie animale qui n'a qu'un seul but dans la vie: réaliser le lien colorimétrique avec D50, le PCS (Profile Connection Space), là où tous les profils ICC se donnent rendez-vous.

Le jour où, pour une raison ou une autre, le blanc de référence du PCS cessera d'être strictement D50, sa spécification d'origine, ce jour là, le blanc de référence sera peut-être D65 ou une autre couleur de blanc? Ça pourra encore fonctioner mais il faudra que chaque dispositif communiquent alors leur spécification propre de blanc entre eux sinon, dans un système d'échange à l'aveugle, comme dans le système ICC actuel, ça ne marchera pas.

À titre indicatif, le monde de la vidéo utilise un blanc de référence  plutôt bleu (D65) plutôt que plutôt jaune (D50). Pour quelles raisons? Je ne suis pas assez connaissant dans le monde de la vidéo pour connaître la réponse mais la différence est significative.