Profils ICC (3 de 6)

Vous voilà lancés en plein profils ICC -- bravo! Si vous pouvez lire les Specifications ICC, vous êtes sur la voie du salut. J'ai beaucoup appris, personnellement, à l'étude de ces Specs, surtout la version 2.1 qui était un peu moins compliquée, techniquement. Il faut lire les specs pour comprendre au moins le modèle de traitement de la couleur sous-jacent qui me semble, relativement accessible.

Le concept de la feuille blanche

Pour les écrivains, la feuille blanche évoque le syndrôme de la feuille blanche, la feuille de papier que les auteurs en mal d'inspiration regardent sans trouver quelque chose à dire. Pour nous qui apprenons à harnacher la couleur, la feuille blanche est une concept très important. Il est le point d'interchange entre tous les dispositifs de reproduction dont on veut mettre en commun les ressouces. C'est comme un aéroport.

Réglages Profils ICC dans ColorDraw v9
Figure 10 Réglages Profils ICC dans ColorDraw v9

Observez cette illustration, Figure 10. J'ai toujours trouvé cette figure tellement intuitive, même quand je ne comprenais rien à la gestion de couleur. Cette figure est tirée des réglages de gestion de couleur du logiciel ColorDraw v9. Pourquoi je la trouve intuitive? Parce qu'on y voit, que d'un seul coup, la dynamique des transformations qui s'opèrent entre les dispositifs de reproduction. On sent cette idée importante, ce concept de plaque tournante, que tout gravite autour de quelque chose de commun,de central, un intermédiaire, l'idée d'un langage universel; le centre de la terre, comme dirait Jules Vernes. Ça peut-être la métaphore de l'aéroport.

Ce que j'aimais beaucoup dans cette visualisation graphique, c'est l'idée que non seulement le logiciel nous présentait un modèle de traitement de la couleur, avec des flèches oranges pour nous indiquer le sens du traitement, mais en plus, on y retrouvait les contrôles pour directement choisir les profils ICC à employer vis-à-vis chaque dispositif.

Je sais, quand on ne comprends pas ce qui se passe, dans un logiciel, comme dans n'importe quel domaine de connaissance, peu importe la beauté ou la qualité des icônes utilisées pour reprpésenter les concepts, quand on ne les comprends pas, il reste un épais voile opaque entre le sens de ces icônes et notre compréhension. Je sais. Mais c'est à force de chercher à comprendre quelque chose, à force de l'étudier, que la lumière jaillit dans notre esprit et que les choses finissent par prendre un sens.

 Par rapport à ce qu'Adobe faisait à cette époque, ce que faisait CorelDraw était tellement innovateur. Il faut bien le reconnaître. Je me permets de reproduire à nouveau la figure, ici, pour la commenter ensuite.

Réglages Profils ICC dans ColorDraw v9
Figure 10 Réglages Profils ICC dans ColorDraw v9

Donc, à gauche, un profil pour une imprimante à jet d'encre. Facilement reconnaissable. En haut, à droite, un profil de numériseur de table. En bas, un profil d'écran. À droite, au centre, un profil pour une presse lithographique CMJN. Au centre, un profil de référence indépendant, dans ce cas-ci, AdobeRGB, si vous avez des bons yeux. En un coup d'oeil, on a saisi l'essentiel de la gestion de couleur dans ce graphique. Bravo CorelDraw!

Aujourd'hui, si vous allez sur le site de Corel, les préférences couleur de CorelDraw X6.2 ont bien changés. Elles ressemblent davantage à celle de Photoshop des versions courantes. Les beaux icônes, la belle représentation graphique a cédé la place à une série de menus déroulants un peu stériles -- snif, snif!

Réglages Profils ICC dans ColorDraw X6.2
Figure 11 - Réglages Profils ICC dans ColorDraw X6.2

Cliquer sur l'image (en espérant que le lien fonctionne toujours?) pour être transporté sur le site de Corel pour regarder de près chacun des réglages de gestion de couleur dans ColorDraw.

N'est-ce pas étonnant, la similarité des réglages de gestion de couleur entre les deux logiciels, Photoshop et Corel? La preuve qu'après toutes ces années, il y a convergence. Mais, malgré cela, il reste encore l'ignorance. La plupart des utilisateurs, même professionnels, de ces logiciels, ignorent toujours tout de la gestion des couleurs.

Le Profile Connection Space (PCS)

Qu'est-ce que c'est le PCS? C'est notre fameuse feuille blanche imaginaire. Celle qui est la plaque tournante de tout le système ICC. Dans la Figure 10, on la voit, en haut, à gauche, représentée par une icône de feuilles de papier superposées, d'où partent et arrivent des flèches, dirigés ver le centre du graphique, AdobeRGB, dans ce cas. (Ça aurait dû être sRGB, et non pas AdobeRGB, à mon sens, soit dit en passant.)

Le PCS représente une feuille de papier blanche d'une couleur équivalente à D50 (pratiquement 5000 degrés Kelvin), à laquelle nous sommes réputés être parfaitement adaptés, de façon chromatique.

Qu'est-ce que ça signifie d'être chromatiquement adapté à quelque chose? Ça veut dire que cette chose devient la référence absolue de blanc pour notre perception visuelle.

Concrètement, cela signifie qu'il y a adaptation au niveau du système visuel et c'est comme si on faisait abstraction de la couleur réelle de cette chose ou feuille de papier. En anglais, ce phénomène se dit "Discounting the White Point". Regardez-bien la photo de famille ci-dessous. il est évident qu'il y a un voile rouge ou magenta sur cette image, comme si tous les visages, touts les vêtements étaient teintés de rouge ou magenta. Même le fond gris est teinté de même.

Portrait de famille
Figure 12 -- Portrait de famille

Et pourtant, vous et moi n'éprouvons aucune difficulté à reconnaître qu'il s'agit de visages humains et la peau nous semble naturelle. C'est ça, l'adaptation chromatique ou l'adaptation au blanc sous-jacent. Le blanc de cette image, reconnaissable dans les robes, les boucles d'oreilles et les pantoufles, devient le blanc de référence pour notre système perceptuel et toutes les autres couleurs sont jugées par rapport à ce blanc. De fait, notre cerveau identifie ce blanc et se trouve à le soustraire de chacune des couleurs de l'image de manière à nous laisser voir la véritable couleur.

Ce qui me fait dire que le blanc fixe notre adaptation de manière physiologique et cognitive.