Harmonie des couleurs (6 de 6)

Dimensions de la couleur

Est-t-il possible de parler de la couleur en termes de Dimensions? On ne discute pas que la couleur est un phénomène a trois dimensions, qu'il faut toujours au minimum trois attributs visuels pour la décrire complètement. Mais on pourrait aussi bien étendre le sens du mot dimensions et avancer que la couleur a une dimensions sociale et culturelle, en plus d'esthétique ou fonctionnelle.

Pourquoi pas, aussi, dimensions au sens statistique? Vous savez ces enquêtes d'opinion où on vous demande de ranger des idées dans des catégories? En bien, il n'y a rien que les enquêteurs aiment plus que de recouper ensuite ces catégories en cherchant à comprendre les dimensions du phénomène.

Pensons à la dimension chaud-froid: universellement, le rouge évoque la chaleur alors que le bleu évoque le froid. Le vert, lui? Le seule endroit dans la nature où on retrouve du vert est dans la chlorophyle, les arbres, les plantes, le végétal. La laitue. Ça pourrait être quoi la dimension du vert? Celui d'un certain calme puisque ni chaud, ni froid?

Couleur, si je ne l'ai pas déjà dit, a le sens de "ce qui couvre", "ce qui cache". On peut parler d'enduits comme la peinture sur les murs, le maquillage sur le visage des femmes.

Dans toutes les cultures, la couleur sert de monnaie d'échange entre les individus. Il n'y a pas de couleur indépendante, insensible, abstraite, la couleur a toujours une assise réelle, une fondation ancrée dans la tradition ou la modernité.

Chacun de nous naît dans une culture et épouse les couleurs de cette culture, sans lui offrir de résistance. La couleur, vue dans cette perspective, appartient à un contexte de valeurs limité dans le temps et l'espace. 

Je pense simplement à un reportage sur lequel je suis tombé hier soir, à la télévision -- moi qui ne regarde jamais la télévision --, sur l'hindouïsme. Dès les premières minutes de l'émission, j'étais envahie d'oranges! Ma télévision Samsung était devenu un projecteur RVB à fabriquer de l'orange. Des moines, des hommes habillés d'étranges étoffes oranges, portées à la manière d'un drap (pardonnez la description), sur l'épaule et recouvrant tout le corps, sauf les jambes; des fleurs oranges à profusion, de l'orange dans les représentations des divinités, difficile à manquer tout cet orange?

Portrait d'une homme hindou
Les premiers éléments visuels qui dominent dans cette toile sont l'usage du jaune et du bleu, le bleu qu'on devine "bleu d'outremer".

Près de 20 millions d'hindouïstes rassemblés dans des tentes, au bord du Gange, pendant un mois, pour la fête dont Ramkha, je crois, et tous observent le même rituel de la couleur -- pour les hommes. L'orange n'est pas pour les femmes. L'orange, couleur ritualisée.

Pendant ce temps en Amérique du Nord ou en Europe? Jamais autant d'orange dans les vêtements et dans la décoration.

L'usage de la couleur est codifié

Impossible d'y échapper. Prendre une couleur, choisir une couleur, s'identifier à une couleur, s'identifier par une couleur, par rapport à soi, par rapport à un groupe, a un sens déterminé par la culture et la société.

On pourrait même écrire La couleur en soi est une utopie? Les couleurs sont toujours vues dans un contexte, et j'ajoute un contexte culturel. Voici des feuilles d'automne. Il s'agit toujours d'orangés mais ces couleurs suggèrent une manifestation bien différente de la vie que celles des hindous.

Feuilles d'automne
Quelle gamme de couleur vive, que l'on reconnait immédiatement et qui détermine ou influence nos modes vestimentaires et notre humeur. Aux Indes, on porte l'orange pour marquer l'appartenance religieuse, comme un uniforme, alors qu'en Occident, on le porte en réponse au temps de l'année. Dans les deux cas, c'est une référence culturelle.

À mon avis, l'exposition sociale à la couleur orange dont les Hindous font l'expérience, dans leur religion, n'a pas de rapport avec l'exposition sociale à la couleur orange dont font l'expérience les Occidentaux? Cela conditionne la dimension symbolique qu'elle hérite, son sens ritualisé par rapport au sacré. En Amérique, la couleur orange ne revêt pas un caractère sacré même si on le lui reconnaîtra en présence de ceux qui en font usage dans ce sens.

Paysage d'automne avec ciel bleu
Voir de l'orange, chez les nord-Américains, évoque la couleur du fruit, les pétales des fleurs et les paysages d'automne mais pas rien de sacré.

Remarquez que, dans certains contexte, comme le cas de cette scène d'automne, on voit souvent du ciel bleu? Oui, c'est la couleur du ciel, vous me direz mais c'est remarquable que l'orange est vu de façon conjointe avec le bleu, ce qui, je crois, prédetermine une certain plaisir à voir ces deux couleurs ensembles.

L'orange, avec les jaunes, les roses et les rouges, est naturellement harmonieux, à mon avis, tel que vécu dans la religion hindouïste. L'orange, avec les jaunes, les rouges et les bleus est naturellement harmonieux, tel que vécu dans la société Nord-Américaine. 

Un spectacle naturel
Je ne pouvais pas me refuser le plaisir de partager cette image purement d'autome, couleur de citrouille, un fruit que l'on ne retrouve sur nos tables qu'en automne. Si l'automne annonce le changement, sa couleur, l'orange, pourrait-elle aussi être synonyme de changement ou annoncer le changement, comme le passage de l'automne à l'hiver?

La couleur orange a aussi un goût, ne l'oublions pas. C'est la couleur des confiseries. Si on veut être exhaustif, il faudra ajouter alors la dimension du goût de la couleur aux autres dimensions déjà identifiées. En faisait référence aux cinq sens, comme il existe des couleurs qui comportent des associations agréables en termes de goût ou de d'odeurs, il en existe d'autres pour lesquelles ce n'est pas le cas. Ça mériterait un livre en soi, la dimension olfactive de la couleur...

On n'a qu'à penser au citron pour se convaincre qu'il existe une association assez forte entre certaines couleurs, comme celle du citron, et son expérience gustative. Le jaune du citron, qui tire naturellement sur le vert, n'est pas le jaune de la banane qui, elle, tire sur l'orangé, surtout au fur et à mesure du murissement. Ah! Tiens! Une autre dimension de la couleur, sa dimension informationnelle, celle qui nous permet d'en tirer des renseignements pour la survie de l'espèce.