Harmonie des couleurs (2 de 6)

Harmonie de couleur seule, les camaïeux

La plus simple des harmonies, à mon avis, d'un point de vue analyse, est celle qui consiste à agencer un ensemble de déclinaisons de couleurs appartenant à la même famille de tonalités chromatiques. En art, ce genre de création s'appelle le camaïeu. On pourrait dire, de façon intuituve, que les camaïeux sont des harmonies monochromatiques puisqu'il s'agit essentiellement du travail d'une seule couleur. Ci-dessous, une image montrant des pièces de plastique de couleur prises dans la gamme des bleus-verts.

Harmonie monochromatique
Voici une harmonie créé par une seule famille de tonalités monochromatiques.

Ci-dessous, voici deux images qui, à mon avis, se qualifient encore pour le titre de Miss Camaïeux 2014. À gauche, une illustration vectorielle proposée par Microsoft pour faire la promotion de sa suite logicielle Office, des espadrilles bleus sur un fond bleu. Difficile de faire plus monochromatique! À droite, une peinture de VanGogh élaborée dans des tonalités de verts.

Harmonie monochromatique
Voici deux images élaborées sur la base d'une harmonie monochromatique.

La grande qualité des camaïeux, je dirais, est la facilité avec laquelle elles s'offrent au système visuel, c'est-à-dire qu'elles se remarquent par l'absence d'efforts, si je puis utiliser ce terme, pour décrire le travail déployé par le système visuel au fur et à mesure que l'oeil arpente l'image. Aucun effort car la transition entre les tonalités d'une même famille est continue. C'est ce que je crois. Est-ce que ça plaît? J'aurais tendance à croire que oui, le résultat visuel m'apparait plaisant.

Voici un autre exemple qui montre qu'on peut varier à l'infini l'idée d'appliquer une seule couleur à un objet ou à une scène naturelle.

Photographie illustrative Nokia
La technique est toujours la même, l'expression d'une simple couleur, pour donner de la cohésion visuelle à l'ensemble, c'est le principe de l'unicité. Facile à comprendre.

Le fait d'employer une seule couleur nous fait apprécier cette couleur. C'est comme si la couleur en question devenait la vedette du spectacle. Il s'agit alors de juger si on aime ou n'aime pas la couleur en question? On trouve passablement de littérature sur les préférences de couleurs qui, peuvent, être d'origine culturelle, pour la plupart. Si on aime les bleus, les verts et les rouges, il semble que ce sentiment ne soit pas universel. Pensons aux roses, aux fushias, aux orangés, aux jaunes, aux violets, aux turquoises, les émotions suggérées par toutes ces couleurs varient à l'infinie mais ne plaisent pas forcément à tous.

Voici un camaïeu marin, un exemple offert par dame nature, des orques qui évoluent dans leur milieu naturel, tout en tonalités de bleu, même les taches blanches deviennent bleu.

Des orques dans l'océam
Groupe de Killer Whales.

On pourrait dire que la photographie sous-marine se prête naturellement aux camaïeux puisque, de la lumière blanche qui entre dans l'eau, seules les courtes longueurs d'onde correspondant à la perception du bleu sont capables de pénétrer aussi profondément. Notez que, justement, pour apprécier la profondeur de cette image, la calibration de votre écran d'ordinateur doit être telle que les différences de tonalités dans les régions les plus sombres ne soient pas perdues. Reportez-vous à l'échelle de gris au bas de l'image. Si vous voyez une différence entre les deux premières plages de gris à gauche de l'image, c'est signe que la calibration des noirs est adéquate.

Scène de ruelle, sous faible lumière
Voici une photographie qui a toutes les apparences d'une illustration. La clé de cette image réside dans sa gamme de bleus, des bleus qui suggèrent un temps de la journée, un lieu peu éclairée, isolée. L'image est riche de signes. Remarquez l'apparence des rouges violaçés dans l'arche de brique, le bas de la porte et le tuyau au centre. Un peu de dérive vers des tonalités bleu-cyan complète la gamme chromatique de tons qui tournent autour du bleu.

 

Harmonie de couleur à deux vitesse

On pourrait encore tirer des exemples de l'univers des camïeux, pour notre propos, mais je propose d'élargir notre horizon, entrons doucement un univers polychromatique.

Peinture de Monet
Monet, peinture deux dames dans une chaloupe.

Dans cette peinture de Monet, si vous faites abstraction du vert savamment utilisée dans la coiffure, la ceinture et à quelques endroits sur la barque, pour souligner les reflets de lumière, cette peinture est essentiellement un camaïeu de bleus.

Gros plan sur la tête d'un oiseau mouche
La tête d'un colibri ou oiseau-mouche.

Voici une image riche en tonalités de vert, flanqués de pourpre, qu'on peut lui dire complémentaire selon les atlas de couleur.  Comment la nature en arrive-t-elle à des gammes aussi vives? Question de survie? Question de distinguer les espèces? La nature ne cessera jamais de m'étonner. L'acteur principal de cette image est le turquoise, presque en teintes de Monet (voir nénuphars plus loin), qui chevauchent allègrement la frontière entre les verts et les bleus, des verts que l'on pourrait qualifier d'irridescents.

Quittons momentanément la peinture pour nous intéresser à la photographie. Voici une image tou droit tirée d'une brochure touristique qui profite d'une gamme chromatique naturelle restreinte autour des bleus.

Voilier vu sous une arche de rocher
Le travail naturel de la lumière est infini, pour peu que nous ayons des yeux pour voir.

La géométrie de cette image est surprenante, c'est comme si la forme de la grotte décrivait un triangle? Qui se retrouve dans la formes des voiles et du navire? Très peu de couleur, donc, dans cette image, quelques nuances de bleu, du turquoise et un ciel bleu qui, par contraste, parait rouge. Une paucité de couleur ou la recette d'une image réussie? À mon sens, une image assez exceptionnelle puisqu'on y voit des tonallités voisinants le blanc, dans les reflets de lumière dessinés sur l'eau et le glacier, révélant sa texture, à gauche, et des ombres profondes de bleus, formant une gamme dynamique de luminosité qui exploite les deux extrémités de l'espace tonal. Riches couleurs. Sans parler du sens évoqué de l'image, la mer, la liberté, l'évasion, etc. C'est comme si on était complice de ces navigateurs qui vont, nous ne savons pas où.