Colorimétrie (6 de 6)

Outre l'interprétation, la partie que j'affectionne particulièrement dans la colorimétrie est l'instrumentation et, par extension, la métrologie. Je me souviens d'un client, il y a quelques années, pour qui je fabriquais les profils de presse qui m'offrait de faire les mesures des mires imprimées à ma place, sans doute pour s'économiser de l'argent sur mes services? Eh bien, j'aurais été bête et irresponsable de lui confier cette partie cruciale du procédé puisque je n'aurais jamais pu, par la suite, interpréter les résultats. C'est trop une partie importante, la mesure et l'instrumentation, pour la sacrifier à n'importe quelle néophyte. Une personne formée, encadrée, sous surveillance, je ne dis pas. Mais quand la qualité de la reproduction en dépend, ce n'est pas à laisser au premier venu.

Instrumentation

Je me souviens mon tout premier appareil de mesure de la couleur. J'étais fébrile. J'ai payé plus de deux mille dollars pour un DTP-41 de X-Rite en 2001. Pour moi qui débutait dans la couleur, c'était une somme (et ça l'est encore). Je me souviens avoir hésité entre "UV" ou "pas-UV"? Et à la fin, n'y tenant plus, j'ai cédé pour un modèle qui "filtre" les UV. Quelle erreur!

On peut faire dire n'importe quoi à un chiffre. Est-ce que 20 degrés Celcius est vraiment chaud ou froid? Ça dépend du contexte. C'est la même chose pour la couleur. Les chifres qu'on nous présente, dans Photoshop, sur des sites comme IDEAlliance et Fogra, tendent à revêtir un tel caractère de vérité qu'il devient impossible de les remettre en cause. Et pourtant.

Je suis loin d'avoir tout compris dans la couleur mais j'ai retenu quelques petits trucs... Ça n'a pas été long que je me suis vite acheté un deuxième appareil de mesure, encore chez X-Rite, un Digital Swatchbook, celui-là, fière successeur du ColorTron. Un autre deux milles dollars. La connaissance est à ce prix. (elle l'était) Je pense pourvoir dire que j'ai davantage appris de la couleur de ce second appareil de mesure que de mon dtp41, que j'ai encore d'ailleurs, en 2014.

Pourquoi tant d'insistence sur la mesure de la couleur? Parce que, quand on mesure la couleur, on peut suivre l'évolution de la colorimétrie jusque dans la fabrication des profils ICC et la palette Info de Photoshop. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas juste une question de constater les valeurs Lab du blanc du papier non-imprimé ou de la couleur de l'encre Cyan. C'est toute la généalogie de la mesure à partir des valeurs spectrales qui s'ouvre à nos yeux. Bien sûr, il faut ressentir une curiosité naturelle pour ce genre de connaissance qui, autrement, ne présente aucun intérêt.

Vénérable DTP-41, fabriqué par la société X-Rite
Vénérable DTP-41, fabriqué par la société X-Rite

Sur l'image, on voit quelqu'un qui tient entre ces mains une bande de papier pour la pousser dans l'appareil. La couleur que l'on désire mesurer se trouve sur cette bande de papier. En fait, si vous observez bien l'image, il y a sept colonnes d'échantillons de couleurs différentes.

Comme par hasard, la colonne 1, à gauche sur l'image, présente ce qui ressemble à du Cyan. La suivante, du Magenta. Suivie par du Jaune, du Noir, du Rouge, du Vert et du Bleu. Quel hasard? En outre, on observe une gradation de chaque couleur d'encre, du haut vers le bas. En fait, ce qui se passe, c'est que le premier échantillon de chaque couleur d'encre est dit solide ou 100% de la couleur alors que les échantillons suivants sont dit tramés, et paraissent de plus en plus pâles. C'est exactement ce qui se passe.

Cette bande de papier a sans doute été imprimée d'une presse lithographique ou tirée d'une imprimante couleur de bureau, du type laser ou jet d'encre.

Ce qui se passe dans cette photo, c'est que la personne se sert du DTP-41 comme d'une machine à coudre. Vous avez déjà vu une machine à coudre? On pousse le tissu sous la tête et l'aiguille enfonce un fil au passage qui retient ensuite les pièces ensemble. Dans cette photo, la personne engage la bande de papier sept fois sous la tête de mesure de l'appareil, une fois pour chaque colonne. Il y un mécanisme qui, une fois la bande engagée, la fait défiler sous la tête de mesure à vitesse constante. On repasse la bande autant de fois que nécessaire en la décalant chaque fois vers la gauche, de manière à compléter la mesure de tous les échantillons. Tout cela, sous le contrôle d'un logiciel de capture. Parce qu'il faut bien enregistrer les mesures au passage! Les mettre dans un fichier, pour ensuite les visualiser, soit sous forme de chiffres, soit sous forme de couleurs.

Le DTP-41 et quelque autres appreils de ce genre, ont fait la fortune de X-Rite dans les années '90 et au début des années 2000. L'arrivée d'internet a tué l'imprimerie et des entreprises comme X-Rite.